Pour retrouver sa place de n° 1 mondial du jeu vidéo, Nintendo applique une recette étonnante : sa nouvelle console, la Wii, rejette la haute définition, critère privilégié de Sony et Microsoft. Du coup, son prix plus intéressant devrait faire la différence.
Satoru Iwata, président de Nintendo, s'est fixé un objectif ambitieux : imposer une nouvelle console de jeux qui, à l'inverse de la PlayStation de Sony et de la Xbox de Microsoft, ne mise pas sur la haute définition. Un choix étonnant à l'heure où, dans la guerre des consoles, l'accent est mis sur la puissance et la qualité du graphisme. L'enjeu est de taille pour Nintendo. Autrefois leader mondial des consoles, il a subit de plein fouet la concurrence féroce de Sony et Microsoft. Aux Etats-Unis où il détenait jusqu'à 90 % de part de marché dans les années 1980, l'inventeur de Super Mario n'en possède plus que 14 %. Comment sa nouvelle console, baptisée Wii, lui permettra-t-elle de revenir en force sur un marché estimé à $ 30 milliards ?
Ratisser large avec un produit différent. Dépourvue de capacité haute définition mais dotée d'une manette de jeu qui réagit aux mouvements, la Wii doit attirer «n'importe quelle personne de n'importe quel âge», insiste Satoru Iwata. Comprenez : ne pas se limiter aux accros des videogames, mais toucher toute la famille. Le président de Nintendo espère rééditer le coup de maître de sa console portable, la DS, dans le domaine des consoles de salon où il accuse un sérieux retard avec sa Gamecube. Dotée d'un stylet et d'un double écran, la DS laissait sceptique à son lancement. Aujourd'hui, son approche créative est une belle réussite : 16 millions d'unités vendues dans le monde (3,5 millions en Europe), à peine moins que la PlayStation Portable de Sony (17 millions). Au Japon, il s'en vend deux fois plus que de PSP ! Certains jeux, destinés à attirer un autre public, remportent un beau succès. Nintendogs, dont le principe est d'éduquer un chien, a attiré les jeunes filles et été commercialisé à 6 millions d'exemplaires. BrainAge, qui «fait travailler le cerveau», attire les plus de 50 ans et s'est écoulé à 4,5 millions d'unités au Japon.
Prix plancher. La Wii sera commercialisée aux alentours de € 250, contre € 300 à € 400 pour la Xbox 360 et € 500 à € 600 pour la future PS3. «Le prix sera déterminant, prédit David Kauffman, responsable du site de location de jeux vidéo Gameloop.be. En évitant la démesure dans le graphisme, Nintendo peut vendre sa console deux fois moins cher que ses concurrents.» Selon un sondage du magazine de jeux japonais Famitsu, 88 % des personnes interrogées jugent la PS3 trop chère et se tourneraient donc vers la Wii. Un maximum de jeux. Cette nouvelle approche devrait attirer tous les éditeurs de jeux. Ajoutez-y la compatibilité de la console avec les jeux de ses prédécesseurs, et vous obtenez un catalogue, et donc un attrait, considérablement dopé. Nintendo espère écouler 17 millions de jeux sur l'exercice 2006-2007, utilisés sur 6 millions de Wii.
Christophe Charlot




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